La recherche de biens privés. Un hobby qui rapporte?

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Longtemps réservée à une certaine classe de prospecteurs renommés qui ont écrit les lettres de noblesse de cette activité, la chasse au trésor dite familiale raisonne comme une chasse gardée, dernier rempart de la recherche d’aventures… sonnantes et trébuchantes.

Des spécialistes bardés de dizaines d’années d’expérience.

Seulement voilà, depuis l’avènement d’Internet, tout le monde peut devenir un héros en seulement quelques clics. Certains prônent des dizaines d’années d’expérience. Une légion d’inconnues ont bien compris les messages publicitaires des sites et des magazines spécialisés dans la détection. Ici, on arbore fièrement 20 ans d’expérience pour un homme de 35 ans ! Or il y a vingt ans on n’en était qu’aux balbutiements de la détection, c’était l’âge d’or. Peu de concurrence, on se forgeait une réputation à travers le temps et du nombre de trésors retrouvés, comme Alain Cloarec ou encore Didier Audinot, récemment disparu.

Après renseignements, méfiez-vous de ceux qui n’ont qu’une expérience minimaliste, et dire dans les soirées mondaine qu’on est Chasseur de Trésor, cela fait bien. Ah ! Marketing quand tu nous tiens ! Et parfois, ils commettent eux aussi des erreurs, surtout lorsqu’on s’improvise chasseur de trésor professionnel (et que l’on ne connaît rien) ou qu’on l’on fait juste pour un reportage pour vendre des détecteurs ou des livres… Et dans la vidéo ci-dessous il faut aller voir directement à 45 minutes et 40 secondes… histoire de rigoler un peu.

Ainsi on citera la canalisation en plomb éventrée qu’il faut de suite réparer, les frais du plombier seront pour celui qui tient le détecteur ou donne le coup de pioche sans réfléchir. On ne compte plus les murs ou les cloisons ou les plafonds sérieusement attaqués sans que personne ne se soit demandé ce qu’il y avait en dessous ou derrière (La fièvre du trésor occasionnerait-elle des trous de mémoire ?). Une assurance est donc obligatoire, pensez-y.

Les spécialistes ! Ce mot est tellement utilisé qu’il ne veut plus rien dire, tous les chercheurs de trésors familiaux sont des spécialistes ! On les retrouve en bonne place sur les sites de vente de prospecteurs, Ebay, le Bon Coin etc.… Pourquoi me direz-vous ? Quel rapport avec la recherche ? Pratiquement tous les fortunés persuadé de la présence d’un trésor dans leurs jardins ont essayés de louer ou d’acheter un détecteur de métaux pour fouiller eux même et dans plus de 80 pour cent de cas, ils n’ont rien trouvé. Ils décident donc de s’offrir les services d’un ou de deux prospecteurs. Toujours dans la rubrique des statistiques, la majeure partie des mandataires font une demande de recherche quelques mois avant la vente de leur bien immobilier. Ainsi en ayant cherché un détecteur d’occasion ils ont lu des offres de « spécialistes » de la recherche de bien privé.

Privé en opposition au public, car chacun sait qu’il est interdit de creuser le sol à des fins de détection archéologique ou historique sans autorisation administrative. Le problème pour le ministère de la Culture c’est qu’il a peur que beaucoup de prospecteurs profitent de cette activité pour se dédouaner des autorisations et fouiller des lieux historiques. Une brèche que le ministère compte bien boucher. Détection de surface : oui. Avec une pelle, non !

Combien ça coûte ?

La réponse à cette question est dans la sempiternelle phrase que l’on lit partout : « nous contacter ». Manque de transparence pour les uns, discrétion comme mode de fonctionnement pour les autres. Tout est affaire de feeling, les prospecteurs bardés d’un diplôme de marketing, de dizaines d’années d’expérience sont aussi des fins négociateurs. Le premier contact est une mise en bouche. Pour le mandataire, il va tenter de sonder le sérieux et ce que ça lui coûtera, le chasseur qui travaille pour le compte de son « compte bancaire » va sonder jusqu’où il pourra augmenter le pourcentage de rétribution, 30 % en général (mais comment demander 30% de ce qui peut-être un héritage ???). Le deal est loin d’être aussi facile qu’on ne le croit, il va falloir ajouter les frais de déplacement, offerts pour certains qui seront défalqués en cas de trouvailles pour les autres. Mais si le pourcentage du butin est inférieur au frais de déplacement ? Quid ? La plupart du temps la part qui revient au chercheur est loin d’être celle qu’il prétendait obtenir au premier contact téléphonique, car la concurrence acharnée crée chez les prospecteurs un effet « hard discount », on brade ses droits plutôt que de laisser filer l’affaire a un autre.

Une législation en demi-teinte.

Il n’existe aucune loi qui régit ce type d’activité, les plus sérieux vont créer une raison sociale, soit en se mettant en auto entrepreneur, soit en ajoutant cette activité aux statuts de leurs SARL ou encore en créant une association entièrement dédiée, mais dont les récompenses sont réinjectées dans la cagnotte. Beaucoup d’associations ont été créées dans le seul but de pouvoir faire leur promotion, ils n’ont pas de membres. À noter que tous les vendeurs de détecteurs offrent ce service payant qui est une part non négligeable de leur revenu financier avec une particularité et non la moindre : elle est nette d’impôts !

Il existe des contrats types, crée en 2005 à l’AMP, et modifiés avec les juristes qui conseillent la FNUDEM, pour leurs adhérents devant réaliser une prestation de service qui lie le mandataire à son client. Le taux de commission, les frais de déplacement et autres arrangements sont consignés et signés des deux parties. C’est une sécurité en cas de litige en plus de l’assurance obligatoire pour le prospecteur en pareil cas.

Il est bon de signaler que si un prospecteur accepte une mission sans vérifier que le demandeur est le véritable propriétaire du terrain et non pas un usurpateur, il peut être traîné en justice par le vrai propriétaire pour violation de propriété privée. Enfin il est important de faire un minimum de vérifications, car un prospecteur peut aussi se retrouver sur un site historique a creuser des trous ce qui revient à piller pour le compte d’un escroc. Dans tous les cas, l’addition peur être salée : condamnations, frais d’avocat et saisi des détecteurs qui seront revendus pour le bénéfice du domaine, soit l’état.

Une activité sous haute surveillance:

Une association, scrute actuellement toutes les offres de service de recherche de biens privés sur le net. Ils envoient un mail au diffuseur en l’informant que cette activité est interdite sans autorisation de la DRAC. Une copie de ce courrier est d’ailleurs envoyée à la DRAC.

François

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